Décès de Jocelyne Chatelain (1924-2012)

lundi 23 janvier 2012
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CHATAIN Jocelyne, Suzanne, Yvonne née MONTEUX était née le 2 juillet 1924 à Fez (Maroc), décédée le 23 janvier 2012 à La Garde (Var), mariée, une fille ; professeur ; militante communiste en Algérie et en France ; militante syndicaliste.

Fille d’un médecin militaire, Jocelyne Monteux revint en 1928 en France. Etudiante à la Sorbonne, elle participa, avec sa famille, aux luttes de la Résistance. A la Libération, elle adhéra au Parti communiste français et à l’Union de la Jeunesse républicaine de France.

Après avoir obtenu sa licence et son diplôme d’études supérieures de Philosophie en 1945, bi-admissible à l’agrégation de philosophie, Jocelyne Monteux exerça comme déléguée ministérielle à Saint-Dié (Vosges) puis à Nancy (Meurthe-et-Moselle) pendant deux années. En octobre 1950, elle fut nommée professeur de philosophie au lycée de jeunes filles de Bône-Annaba (Algérie) où elle fut titularisée.

Dès son arrivée en Algérie, Jocelyne Monteux adhéra au Parti communiste algérien. Elle épousa en avril 1951 à Bône, René Chatain* qui travaillait au Centre psychotechnique de Bône, secrétaire des régions communistes de Bône puis de Constantine. Le couple eut une fille en 1953.

Jocelyne Chatain collaborait à Alger républicain, seul journal démocratique dirigé par Henri Alleg jusqu’à son interdiction en septembre 1955. Elle y publiait des articles « presque quotidiens » de soutien aux soldats français de Bône, arrêtés et emprisonnés à Bône et à Constantine, en raison de leur solidarité avec Henri Martin et de leur lutte contre la guerre d’Indochine. Elle fut présentée comme candidate à l’élection à l’Assemblée algérienne en 1954. Elle était acquise aux positions du PCA sur les aspirations à une Algérie libre rassemblant les Algériens de toutes origines.

Nommée à Constantine, Jocelyne Chatain fut expulsée du département, ainsi que son mari, en juin 1955 par arrêté préfectoral pour « activités de nature à nuire à l’ordre public ». A Alger, ils continuèrent à lutter clandestinement dans le PCA, alors interdit. Elle enseignait alors à Alger au lycée du Champ de manœuvre. Son mari, en janvier 1957, fut assigné à résidence et interné au camp de Lodi. Un mois plus tard, elle était arrêtée et incarcérée à la prison Barberousse à Alger, son nom ayant été prononcé dans le cadre de nombreuses arrestations de militants communistes au moment de la « bataille d’Alger ». Mise en liberté surveillée à la fin d’avril notamment en raison de la minceur du dossier l’accusant d’appartenir à une « association de malfaiteurs », expulsée vers la France, elle dut rester en Algérie pour comparaître devant le Tribunal militaire des forces armées (4-9 décembre 1957) au procès des Combattants de la libération qui condamna à mort les Guerroudj et Taleb. Acquittée, elle fut expulsée vers la France où son mari, libéré de Lodi pour raisons de santé, expulsé lui aussi, la rejoignit.

Jocelyne Chatain enseigna au lycée d’Angoulême (Charente). Ils continuèrent à militer pour la paix et l’indépendance de l’Algérie.

Après l’indépendance en 1962, le couple revint à Alger. Elle enseigna comme professeur de philosophie à l’Ecole normale d’institutrices d’Alger Ben Aknoun tandis que son mari dirigeait le Service psychotechnique d’Algérie. Militant avec les syndicats d’enseignants de l’Union générale des travailleurs algériens, elle assura la rubrique du tourisme d’Alger républicain sous le nom de Nadia Chami, créant ainsi pour les Algériens un rapport nouveau avec le sol national. Le Ministère de la Justice de la République algérienne, en application de l’article 8 du Code de la Nationalité, lui conféra, ainsi qu’à son mari, la nationalité algérienne « pour participation à la lutte de libération de l’Algérie ».

Après le coup d’Etat de Boumedienne en juin 1965, menacés d’arrestation, les Chatain revinrent en France. Ils militèrent au PCF, au Secours populaire, dans l’Association des combattants de la cause anticolonialiste, présidée par Henri Alleg.

Militante du Syndicat national des enseignements de second degré, Jocelyne Chatain enseigna dans différents établissements (Mantes-le-Jolie, lycée Henri Bergson à Paris, Amiens) avant d’être nommée au lycée Dumont d’Urville à Toulon (Var) où elle prit sa retraite en 1984. Son enseignement trouvait ses sources dans le rationalisme et le refus des préjugés. Elle fut élue à la commission administrative de la section académique (S3) du SNES à Nice de 1972 à sa retraite. Elle fut membre de la CA de la section du Var de la Fédération de l’Education nationale. Elle vivait et militait à Carqueiranne et à Toulon, notamment au Secours populaire et contre le racisme. Elle appartenait en 2006 à l’Amicale des Vétérans du PCF.

Le 26 janvier 2012, l’Humanité annonçait son décès et indiquait que les obsèques se dérouleraient le 28 au cimetière de Carqueiranne.

SOURCES : B. Khalfa, Henri Alleg, A. Benzine, La grande aventure d’Alger Républicain, Paris, Messidor, 1987. - Collection d’Alger Républicain—Renseignements fournis par l’intéressée en 2006. - Note de Jean-Paul Roux.

René Gallissot Jacques Girault


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