Solferino : ce fut aussi « la Maison des fonctionnaires »

dimanche 5 novembre 2017
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On parle en ce moment de l’immeuble de la rue Solferino... en oubliant souvent qu’il fut, dès l’avant-guerre, la « Maison des syndicats de fonctionnaires »de la CGT dont sont issues également, après la scission de la CGT de 1948, FO et la FEN. Pendant 55 ans en effet, l’immeuble appartint aux syndicats de Fonctionnaires (1933-1978), en comptant les quatre ans de leur usurpation par le régime de Vichy.

Le bâtiment de la rue de Solferino est encore occupé par le Parti socialiste dont il est le siège depuis 1978, mais sa vente annoncée à attiré l’attention. Or on ignore que ce bâtiment, dont l’emprise s’étend aussi à la rue de l’Université, est lié à l’histoire du syndicalisme de la Fonction publique depuis l’avant-guerre, mais aussi à l’histoire tout court.

Plaque commémorative de 1964 (photo : L. Bentz)

Jusqu’au statut Thorez de 1946, le droit syndical n’était pas reconnu légalement aux fonctionnaires. Il y eut cependant, notamment à partir du Cartel des gauches de 1924, une tolérance de fait plus ou moins cahotique.

Une société support pour l’achat de la Maison des fonctionnaires

Dénuées de personnalité juridique légale jusqu’à la Libération, les syndicats de fonctionnaires de la CGT d’avant-guerre [1] ne pouvaient accomplir d’actes juridiques. Ils passèrent donc par la création d’une société anonyme, « La Maison des fonctionnaires », pour acquérir l’immeuble, ce qui fut le cas en 1933. Par son positionnement, l’immeuble était idéal puisqu’il se situait dans le « quartier des ministères » et à deux pas de ce qui était alors la Chambre des députés de la IIIe République (Palais-Bourbon).

La confiscation par Vichy et la Libération

Pendant le guerre, dans le cadre de la dissolution des syndicats (notamment enseignants, explicitement visés par le pouvoir de Vichy), l’État français confisqua purement et simplement les locaux. Il y installa le ministre de « l’Information » et c’est d’ailleurs dans ces mêmes locaux qu’un commando de la Résistance exécuta le propagandiste pronazi Philippe Herriot dans la nuit du 27 au 28 juin 1944.

Pendant la Libération de Paris, alors que les responsables des syndicats de fonctionnaires clandestins (Lavergne, Neumeyer) avaient appelé à l’insurrection, le bâtiment fut reconquis les armes à la main par un groupe de FTP conduit par un militant communiste, René Girard, qui était militant du Syndicat des professeurs de l’enseignement technique avant guerre (SPET/FGE/CGT) et qui fut, après celle-ci, membre du Bureau national du SNET/FEN (Syndicat national de l’Enseignement technique [actuels lycées technologiques].

Vingt ans après, l’évènement fut commémoré par la pose d’une plaque que nous avons reproduite (et qui a échappé par hasard, on ne dira pas ici « miracle », à la destruction lors d’opérations de rénovation après la cession de l’immeuble).

De l’après-guerre à la cession...

L’indivision dura jusqu’après la guerre. Si la scission de 1948 avait fracturé le mouvement syndical, le caractère très particulier du montage juridique initial contraignait à la coexistence.

La FEN et un certain nombre de ses syndicats (dont le Syndicat national des instituteurs) occupèrent les locaux à des dates variables jusqu’aux années 1978. Non sans complications (y compris parfois avec les héritiers des porteurs de parts d’avant-guerre, le processus de régularisation s’étala de 1965 à 1974 (les trois actionnaires ultimes de la société anonymé étaient René Bidouze, CGT ; Pierre Tribié, FO ; James Marangé, FEN). La cession fut décidé après 1976 (la FEN et le SNI cherchaient à s’agrandir et les syndicats de l’UGFF CGT devaient rejointre le nouveau siège confédéral de Montreuil).

Le bâtiment fut vendu à l’UNMRIFEN en 1978 et celle-ci loua l’essentiel des locau au Parti socialiste à partir de 1980 avant de lui vendre en 1986.

Références complémentaires

Pour plus de précisions, nous renvoyons le lecteur à trois articles :

  • un article récemment remis à jour sur le site du CHA/UNSA Éducation qui reprend l’historique des locaux (en annexe, un document de Guy Georges, ancien secrétaire général du SNI-PEGC de 1976 à 1983, évoque également les acquisitions et cessions immobilières de ce syndicat) : « Tribulations autour du 10 rue de Solferino », http://cha.unsa-education.com/spip.... ;
  • un article également récent, sur le site de l’IRHSES/SNES-FSU, consacré à l’épisode de la Libération et au rôle joué par René Girard. C’est René Girard qui, en 1964, avait demandé la pose de la plaque commémorative à la préfecture de police de Paris et fut l’un des trois intervenants (avec Lavergne et Tribié). Voir http://www.irhses.snes.edu/SOLFERIN....

[1] Rappelons que ce périmètre correspond, pour l’après-guerre à l’actuelle CGT, à FO, à la FEN et aux organisations, UNSA Éducation et FSU, qui en sont issues.


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