Décès d’Albert Beaudout

samedi 2 août 2008
par Daniel Renard
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Né en 1925, Albert nous a quittés le 2 août 2008. Tout au long de sa vie, il a été un militant. Militant communiste et militant syndicaliste, sans confondre les deux domaines. Il devient instituteur à Versailles en 1947. Jusqu’à sa retraite, il s’est beaucoup impliqué dans la vie de sa ville ; conseiller municipal de 1953 à 1959, membre de la Caisse des Écoles. Il a adhéré au Parti communiste en octobre 1948 et y exerce des responsabilités à divers niveaux. Pour les élections législatives de 1958 et celles de 1962, il est le suppléant de Robert Vizet dans la circonscription Versailles-Sud-Palaiseau.

Après sa retraite, il est élu maire-adjoint à Saint-Cyr l’École de 1983 à 2001. Albert est surtout connu pour son action syndicaliste dans l’ancien département de Seine-et-Oise puis dans les Yvelines ; et comme membre « Unité et Action » du bureau national du Syndicat national des Instituteurs de 1968 à 1974.

Dès 1948, il est membre du Conseil syndical de la section SNI de Seine-et-Oise puis membre du Bureau départemental. La section de Seine-et-Oise avait deux caractéristiques démocratiques, à la différence de la plupart des autres sections départementales. D’une part, le Conseil syndical n’était pas élu à partir de listes départementales de tendances, ce qui durcit la rivalité, mais en bas par les sous-sections. On connaît les militants, la couleur de tendance compte beaucoup moins. D’autre part, le Bureau départemental n’était pas homogène mais ouvert aux trois tendances, la tendance autonome qui deviendra plus tard UID, la tendance dite ex-cégétiste qui se réclame de la motion des Bouches du Rhône, la tendance École émancipée. En novembre 1960, Albert devient secrétaire général de la section.

Il faut rappeler que la section de Seine-et-Oise a connu une histoire intéressante. En 1956, arguant de l’intervention soviétique en Hongrie, la direction réformiste nationale déploie une vive campagne anti-communiste et anti-cégétiste.

Beaucoup de syndiqués, dans la diversité de leurs préférences politiques, n’approuvent pas. Il y a pour les instituteurs des revendications urgentes, notamment l’abrogation des zones de salaires. Il faut savoir en effet que les instituteurs ne touchent pas le même traitement selon qu’ils relèvent de telle ou telle zone, au nombre de quatre. Des militants jusqu’alors de tendance autonome se retrouvent avec les « Bouches du Rhône » dans un regroupement qui se déclare « hors tendance ». Un militant « ex-autonome et devenu majoritaire » devient secrétaire général.

Puis en 1960, c’est Albert. Ses responsabilités font qu’il est également membre du conseil syndical de la FEN et l’un des animateurs du Comité départemental d’action laïque. Une des dimensions de l’action syndicale est la lutte laïque (la pétition du CNAL en 1959-60 obtient en Seine-et-Oise la majorité des électeurs), la lutte pour l’école. Département en rapide expansion, la Seine-et-Oise accuse un retard dramatique pour ses constructions scolaires et ses créations de postes. Les sections SNI et FEN organisent réunions, pétitions, aident à la création de conseils de parents d’élèves, de comité locaux d’action laïque. Cette action permanente et multiforme reçoit le soutien des élus de gauche, spécialement des communistes.

Une initiative originale est organisée par le Comité départemental d’action laïque sur proposition des sections SNI et FEN : la grève scolaire le 16 novembre 1963. Les enseignants font grève et en même temps chez les parents d’élèves, les délégués cantonaux appellent les parents à ne pas envoyer leurs enfants en classe. L’après midi une énorme manifestation a lieu dans Versailles en direction de la Préfecture. La grève scolaire remporte un grand succès, la presse s’en fait l’écho. Dans les années suivantes, d’autres meetings, d’autres manifestations sont organisées.

Une autre dimension est l’engagement de la section SNI, de son secrétaire Albert Beaudout dans la lutte contre la guerre menée en Algérie. Un moment très fort sera l’appel des sections SNI et FEN de Seine-et-Oise à la manifestation du 8 février 1962 contre l’OAS, pour la paix en Algérie. Les sections de la Seine, elles, n’appelaient pas. En juin 1965, le président de la république, le général de Gaulle effectue une visite en Seine-et-Oise. Il décide qu’à cette occasion, les établissements scolaires pourront vaquer. Les sections SNI et FEN appellent au contraire les enseignants à assurer leur service normal le mercredi 16 juin. De son côté le CDAL appelle tous les laïques et les démocrates à exprimer leur refus de la politique scolaire du pouvoir, à s’abstenir de participer aux manifestations organisées à l’occasion du voyage présidentiel.

Trois ans après, le SNI des Yvelines est particulièrement actif en mai et juin 1968. Évoquer cette immense lutte exigerait un très long développement.

Je n’ai retenu que quelques moments très importants dans l’activité d’Albert. L’action quotidienne se déployait chaque jour pour la défense individuelle des syndiqués, pour la participation aux grèves nationales pour les traitements, pour la revalorisation de la fonction enseignante. Les militants d’aujourd’hui saluent avec émotion le militant exemplaire que fut Albert Beaudout.


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