60e anniversaire de la naissance du SNC

mercredi 24 juin 2020
par Dalancon
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Nos amis du SNCL ont créé en 2019 une association, "Mémoire syndicale" ; ils rappellent à l’occasion du 60e anniversaire de la naissance du SNC, les buts de leur association et les origines de leur syndicalisme.

Un devoir de mémoire

Malgré la crise sanitaire, qui marquera durablement 2020, nous n’oublions pas, au SNCL, que nous sommes aussi dans l’année du soixantième anniversaire de la création de notre syndicat.

Nous ne l’oublions pas, car un syndicat ne peut exister, fonctionner, agir, aussi longtemps, que par la volonté des hommes et des femmes qui le composent et par l’engagement de celles et ceux qui acceptent de donner de leur énergie, de leurs compétences et de leur vie, au service de la défense des intérêts moraux, matériels et professionnels, de leurs mandants. Le développement de notre forme de syndicalisme, indépendant et autonome, les actions menées, les résultats obtenus, n’ont été possibles que par le dévouement coordonné et opiniâtre de ces collègues.

C’est pour honorer leurs efforts individuels et collectifs, qu’une poignée d’anciens responsables nationaux, désirant travailler ensemble à ce devoir de mémoire, a créé, le 5 novembre 2019, l’association « Mémoire syndicale », grâce à l’aide du SNCL.

« Mémoire syndicale » s’est fixé trois objectifs principaux : • rédiger les biographies des principaux responsables nationaux pour un dictionnaire universitaire du mouvement ouvrier et social (le Maitron – https://maitron.fr - qui nous a sollicités), • rédiger un ouvrage sur l’histoire du syndicat, • participer à la défense des valeurs républicaines (laïcité, démocratisation et qualité de l’enseignement).

« Mémoire syndicale » n’est pas nostalgique du passé. Elle entend contribuer à une meilleure compréhension du présent, servir à éclairer les prises de décisions à venir, et entretenir ainsi un dynamisme voulu par nos aînés eux-mêmes. L’ouvrage que nous ambitionnons de rédiger devra mieux faire connaître la place occupée par notre organisation dans le syndicalisme enseignant, ainsi que son rôle dans l’évolution du système éducatif.

Notre combat débute en 1910, quand le gouvernement prévoit de fermer des classes de cours complémentaires (CC) ; classes installées dans des écoles primaires et permettant à des élèves d’origine sociale modeste de prolonger leur scolarité. Les personnels des CC organisent alors la résistance. En 1911, quatre cents directeurs et maîtres de CC se réunissent dans les locaux de l’école de la rue Dussoubs, à Paris. Ils créent l’Association nationale du personnel des cours complémentaires (ANPCC). C’est donc en faveur des enfants défavorisés que se constitue notre mouvement, préoccupé dès le début de son existence par la démocratisation de l’enseignement.

Mais, pourquoi choisir en 1911 la voie associative pour agir collectivement dans un contexte professionnel ? Parce que la loi du 21 mars 1884, dite loi Waldeck-Rousseau qui porte reconnaissance de l’existence légale des syndicats professionnels, exclut alors complètement les agents publics de son champ d’application. Ceux-ci devront attendre 62 ans, jusqu’au préambule de la Constitution de 1946, pour voir enfin leur liberté syndicale légalement reconnue. En 1911, l’article 125 du Code pénal condamne même expressément toute coalition de fonctionnaires. Cela n’empêche pas un syndicalisme de fait, illégal, d’émerger ici ou là dans la fonction publique, malgré les risques encourus. Des enseignants tentent par exemple de créer le Syndicat national des instituteurs dès 1887. Mais cette tentative est immédiatement interdite. Le SNI devra attendre 1920 pour être toléré. Les fonctionnaires vont donc s’emparer de la loi du 1er juillet 1901 pour créer des centaines d’associations ou d’amicales. Certaines, en 1919, vont se transformer en syndicats départementaux seulement tolérés. Le Conseil d’État continuera d’ailleurs longtemps de refuser l’existence légale des syndicats de fonctionnaires, mais reconnaîtra ce droit à leurs associations, malgré la menace de dissolution contenue dans l’article 3 de la loi de 1901. Dès lors, la forme associative était bien, pour nos prédécesseurs, la moins risquée pour défendre leurs intérêts professionnels.

Notre histoire syndicale naît ainsi dans le contexte compliqué d’un syndicalisme de fait plus que de droit, émaillé de pratiques contradictoires, d’interdictions juridiques et de tolérances politiques, mais aussi de grèves très dures ; celles : des électriciens en 1907 qui plonge Paris dans l’obscurité, des postiers en 1909 qui aboutit à des centaines de révocations, des cheminots en 1909 confrontée à l’intervention de la troupe et aux réquisitions à tour de bras. Malgré ces conditions peu propices, notre forme de syndicalisme a su naître, se développer, se distinguer, s’adapter et perdurer.

En 1941, l’ANPCC est dissoute par les lois d’exception de Vichy, comme tous les syndicats et toutes les associations corporatives. Ce n’est qu’en décembre 1944 que, désorganisée par quatre années de guerre, elle peut se reconstruire progressivement.

Le refus obstiné du SNI de prendre en compte les spécificités des CC et de leurs personnels, pousse mécaniquement les responsables de l’ANPCC à conduire une action de nature de plus en plus syndicale. Pour le SNI, cela est inacceptable. Lors de son congrès national de 1959, il interdit la double appartenance ANPCC-SNI alors très répandue. Dans le même temps, le gouvernement prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Les CC se voient progressivement détachés des écoles primaires et transformés en collèges d’enseignement général (CEG). Une large majorité des adhérents de l’ANPCC refuse de renoncer à ses revendications. Elle vote, en 1959-1960, la transformation de l’ANPCC en Syndicat national des collèges (SNC) qui devient dès cette époque un acteur déterminant de la démocratisation de l’enseignement.

JPEG - 219.7 ko JPEG - 256.8 ko L’irruption d’un nouveau syndicat dans un paysage largement dominé par la toute puissante FEN, donne lieu à des luttes syndicales intenses. Syndicat autonome, indépendant des courants et partis politiques comme des différents groupes de pression, le SNC est rapidement reconnu par les autorités. Il le sera aussi, plus tard, par ses principaux concurrents syndicaux. (en photos le dernier bulletin de l’ANPCC et le premier du SNC ; Alfred Delapierre, premire secrétaire général du SNC ( https://maitron.fr/spip.php?article..., notice DELAPIERRE Alfred par Marc Geniez)).

La représentativité syndicale globale ayant pris une importance accrue, le SNC va créer en 1990 la fédération autonome de l’éducation nationale (FAEN), fonctionnant selon les mêmes principes et sur les mêmes valeurs. En 1993, le SNC se transformera en Syndicat national des collèges et des lycées (SNCL) pour pouvoir syndiquer les personnels des lycées.

Aujourd’hui encore, notre syndicalisme spécifique est de tous les combats importants pour défendre le service public d’éducation et ses personnels, la laïcité, la démocratisation réelle de l’enseignement. Il est resté fidèle à ce fil conducteur depuis 109 ans !

Pour l’association « Mémoire syndicale »

Paul BAUMANN, vice-président


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