Décès de Pierre Sénécat (1912-2008) et de Jean Marchais (1913-2009)

mercredi 14 janvier 2009
par Alain Dalançon
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Deux très importants militants du SNES des années 1950-1960, au moment où le sigle signifiait encore Syndicat national de l’enseignement secondaire, sont décédés à plus à 96 ans, le premier en décembre 2008, le second un mois plus tard en janvier 2009.

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Pierre Sénécat

Pierre Sénécat était professeur agrégé de sciences physiques au lycée Henri IV de Paris, Jean Marchais y était également agrégé de lettres classiques – ce qui Pierre Sénécat était alors un pléonasme car l’agrégation de lettres modernes n’existait pas. Les deux militants avaient surtout le point commun de s’être succédé à la présidence de la Société des agrégés de 1954 à 1960, à une époque où celle-ci travaillait en étroite coordination avec le SNES et ensuite ils s’étaient également succédé comme secrétaire pédagogique du syndicat de 1956 à 1964.

Ils ont bataillé pour le maintien de la qualité de l’enseignement secondaire et le haut niveau de qualification de ses maîtres. Ils menèrent notamment la lutte contre le projet de réforme Billères en 1956-1957, qui prévoyait de créer des établissements uniques du 1er cycle du second degré, scindant ainsi l’enseignement secondaire en deux, alors qu’il était dispensé de la 6e à la terminale dans les mêmes établissements, collèges et lycées, avec le même type de maîtres, certifiés et agrégés. Il s’étaient en même temps battus pour obtenir la création des IPES en 1957.

Bien qu’étant militants « autonomes » de la majorité fédérale, ils furent amenés à s’opposer très durement au Syndicat national des instituteurs qui souhaitait la mise en place de cette « école moyenne », dont le prototype était pour lui les cours complémentaires, avec une 6e commune sans latin, où les meilleurs instituteurs auraient des possibilités de promotion. D’une façon générale, les travaux des spécialistes des sciences de l’éducation, voire des historiens, ont oublié les noms de ces militants, assimilés à des combattants d’arrière-garde, pour défendre un système d’enseignement passéiste et élitiste dont l’emblème était l’enseignement du latin dès la 6ème. Nous avons essayé de rendre justice à ces militants dans le 1er tome de l’histoire du SNES. D’origine sociale modeste - Pierre Sénécat était en outre pupille de la Nation-, les deux militants étaient très attachés à l’objectif de démocratisation du second degré mais ils ne pensaient pas qu’elle devait se faire au détriment de la qualité de l’enseignement. Ils estimaient que le service public laïque d’Éducation nationale devait donner les moyens à chaque enfant du Peuple d’accéder à la Culture, celle-là même dont ils avaient bénéficié, afin que l’Ecole joue son rôle d’ascenseur social. Ils étaient partisans de la démocratisation de l’excellence et de l’orientation en fonction des aptitudes. Ils ne pensaient pas pour autant que l’École pourrait être libératrice à elle seule et que la démocratisation dépendait surtout de facteurs économiques et sociaux. D’ailleurs, socialistes de coeur, au moins Sénécat, mais déçus par la SFIO, ils militèrent un temps dans le nouveau Parti socialiste unifié au début des années 1960.

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Jean Marchais

Ajoutons que dans leur jeunesse, ils avaient pris parti aux heures noires de notre histoire. Sénécat avait été militant du Rassemblement populaire et fut prisonnier de guerre du côté de Trèves de 1940 à 1942 ; quant à Jean Marchais, il s’embarqua pour Londres en juin 1940, s’engagea dans les Forces aériennes de la France libre et fit toute la guerre dans le « Groupe Bretagne ».

Ces militants étaient convaincus et se méfièrent toujours des clivages de tendances dans le SNES et la FEN. D’ailleurs ils acceptèrent de travailler avec des militants du courant B comme André Drubay et Jean Petite. Cependant, à la différence de Sénécat qui resta toujours un adversaire farouche du tronc commun, Jean Marchais évolua vers son acceptation, dans l’esprit du Plan Langevin-Wallon, en cherchant, dans le cadre de la FEN, un terrain d’entente avec le SNI (dont la secrétaire pédagogique était Jeanne Lordon).

Nous avions eu la possibilité d’interviewer Sénécat mais hélas pas Marchais, qui avait terminé sa carrière à Biarritz où il s’était retiré. Il était juste que l’IRHSES ne laisse pas à la seule Société des Agrégés le soin de leur rendre hommage.


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