Décès de Guy Rocques (1935 - 2009)

samedi 10 octobre 2009
par Hervé Le Fiblec
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Né le 11 juillet 1935 à Lisieux, Guy Rocques entame sa carrière de professeur certifié de lettres modernes au Lycée d’Abbeville. Militant du SNES et du Parti Communiste, il choisit naturellement le courant Unité et Action lorsque les premières élections à la C.a. académique par liste de tendances furent organisées au S3 d’Amiens, en 1971. Il est élu et le sera ensuite sans discontinuer jusqu’à son décès, le 3 septembre 2009, assurant ainsi une présence de près de 40 ans dans les instances syndicales académiques.

En 1971, il perd son épouse dans un accident de voiture, ce qui l’écarte pour quelques temps des responsabilités militantes. Il ne peut ainsi pas participer au congrès académique d’automne, alors qu’il avait été désigné comme rapporteur du thème pédagogique.

Muté au Lycée technique industriel de la Cité Scolaire d’Amiens (futur Lycée Edouard-Branly) en 1972, il commence à militer au sein du S3. Il prend ainsi pendant les années suivantes, des responsabilités diverses, en fonction de la géométrie très variable de l’équipe du S3 : IPES et CPR, commission pédagogique, affaires financières, maitres-auxiliaires...

A la rentrée 1976, il est secrétaire académique adjoint, dans une direction menée par Jean Tonnelier (UA), mais qui comprend encore comme autre adjoint Jacques Estienne (UID). Il siège dès lors comme suppléant à la C.a. nationale du SNES. C’est en 1979 que suite à un débat long au sein d’Unité et Action dans le S3, il est décidé de mettre fin à l’expérience de l’exécutif académique hétérogène, pourtant pratiqué depuis quinze ans. Les considérations d’ordre politique, et notamment les divergences sur la question du Programme commun et de l’analyse de la rupture de l’union de la gauche, sont largement les causes de ce revirement.

En 1983, il prend la direction du S3 d’Amiens, dont il sera secrétaire académique pendant dix ans. Une de ses premières décisions est de rompre avec la hiérarchisation excessive des responsabilités militantes au sein du S3 en achevant la démarche qui avait conduit en 1979 le secrétariat à augmenter le nombre de secrétaires adjoints. Il est vrai aussi que sa légendaire étourderie, paradoxale compte tenu de la finesse de ses analyses, de sa grande culture littéraire et de sa connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier, rendait nécessaire la présence à ses côtés de militants dotés de responsabilités assez larges, comme Jean Lescureux, Jean Capron, ou Serge Compagnon, qui lui succédera en 1993.

Pendant cette décennie, Guy aura à gérer pour le S3 la décentralisation avec la création des instances de concertation académiques et départementales, les luttes laïques de 1984 et celles de la « revalo » de 1989. Cette période est aussi marquée par de sérieux soubresauts internes : la création des syndicats FO de l’éducation, essentiellement par des militants du courant FUO, très implantés dans l’Aisne, puis, évidemment, l’éviction du SNES et du SNEP de la FEN, puis la création de la FSU dans la foulée.

Pour un responsable Unité et Action, la situation locale était complexe : Jacques Estienne, chef de file du courant UID du SNES au niveau national, était devenu secrétaire de la FEN 80, tandis que dans l’Oise, l’Ecole Emancipée dirigeait la fédération à partir de ses positions dans le SNI. Malgré les divergences fortes d’orientation, Guy savait garder une grande modération dans le ton qui lui permettait, tout comme sa profonde gentillesse, de garder de bonnes relations personnelles même avec ses adversaires. Après la scission de la FEN, il consacre ses deux dernières années comme actif à la construction de la FSU dans la Somme, en étant le premier secrétaire départemental de la nouvelle fédération, qui partait dans le département avec des forces très faibles au-delà du SNES, et qui gagnera ses premiers galons dans les luttes de l’automne 1995.

Après son départ en retraite, il poursuit son activité militante comme secrétaire du S1 des retraités de la Somme, mais progressivement s’oriente plus vers l’action politique, au sein du PCF auquel il était toujours fidèle. Il continue aussi de s’investir dans l’IRHSES, dont il fut un des membres fondateurs et dont il ne quitta le conseil d’administration qu’en mars 2009. Dans les dernières années, il fut très actif au sein du Réseau Education Sans Frontière et son dernier acte militant d’importance, en juillet 2009, fut de parrainer une jeune sans-papier.

Lors de ses obsèques, à Abbeville, en présence de Frédérique Rolet, secrétaire générale, le SNES lui a rendu hommage.


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