Décès de Jean-Claude Barbarant

jeudi 18 février 2010
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Jean-Claude Barbarant vient de décéder le 14 février 2010. Il était né le 15 sept. 1940 d’un père gendarme et d’une mère sans profession. Il a fait ses études en Allemagne puis à Wissembourg (Bas-Rhin). Il eut deux enfants avec sa femme, Josette L’Hémann, institutrice d’application spécialisée, elle-même militante syndicale, mutualiste et associative dans l’Aube puis dans le Val-de-Marne.

Enseignant en collège dans l’Aube, il avait été à la fois le dernier secrétaire général du SNI-PEGC/FEN et le premier secrétaire général de sa continuation, le Syndicat des enseignants (actuel SE-UNSA). Secrétaire national de la FEN, président du groupe de l’UNSA au Conseil économique et social ou rédacteur en chef d’UNSA Magazine, ce militant de toujours d’une École démocratique et laïque, aura servi une conception exigeante d’un syndicalisme réformiste et revendicatif, fondé sur des valeurs d’émancipation en sachant à la fois assumer sans état d’âme les responsabilités qui étaient les siennes mais aussi en provoquant les renouvellements nécessaires, avec le souci de servir non pas seulement l’organisation dont il était le mandataire, mais bien l’idéal qui avait présidé à sa construction.

Né en 1940 dans l’Aube, Jean-Claude Barbarant est élève de l’école normale d’instituteurs de Troyes en 1957, puis de Dijon en 1959. Il y suit la formation professionnelle dans la section « maîtres de CEG » (collèges d’enseignement général) de 1960 à 1962. C’est en 1960, en première année de formation professionnelle, qu’il adhère au Syndicat national des instituteurs (SNI). À l’issue de sa formation professionnelle, il est nommé comme maître de CEG à Bar sur Aube. En 1969, il devient professeur d’enseignement général de collège (PEGC) à la création du corps. Plutôt proche de la tendance École émancipée à ses débuts, il devient de 1972 à 1974 secrétaire de la section départementale du SNI de l’Aube puis, à partir de 1975 secrétaire du Conseil académique des PEGC de l’Aube. Il devient également secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale de l’Aube (FEN, aujourd’hui UNSA Éducation) jusqu’en 1978. Il est élu suppléant à la commission administrative de la FEN en 1976.

En février 1978, il intègre le Bureau national du SNI-PEGC au départ d’Élie Jouen pour le secteur international de la FEN. Au Bureau national du 8 juin, Guy Georges, secrétaire général du SNI-PEGC, indique qu’il rejoindra le secrétariat national à la rentrée de septembre 1978. Entretemps, il avait pris en charge la responsabilité du supplément mensuel « spécial Jeunes » de l’École libératrice1 et publie même un article important sur l’action formation-revalorisation dans l’École libératrice datée du 2 juin 19782. Au secrétariat national, il assume d’abord la responsabilité du secteur Jeunes. À la suite de Maurice Piques, il prend en juin 1980 la responsabilité du secteur des collèges au SNI-PEGC dans une période marquée par un vif affrontement avec le SNES sur la question du collège.

Lors d’un bureau national extraodinaire, le 16 septembre 1983, il devient secrétaire général du SNI-PEGC3 dans des circonstances complexes4. Dans une période marquée, à gauche, par le tournant de la rigueur et l’abandon laïque de 1984, à droite, par la politique revancharde menée contre le SNI-PEGC par le ministre René Monory (mise en cause des mises à disposition auprès des associations laïques complémentaires de l’École, arrêt du recrutement des PEGC, création des maîtres directeurs), Jean-Claude Barbarant tient bon comme il tiendra bon, avec l’équipe de négociateurs du SNI-PEGC de 1988-1989 (Martine Le Gal, Hervé Baro, Christiane Martel), sur le dossier revalorisation qui verra, malgré l’abandon par Lionel Jospin du corps des collèges, l’égalité du niveau de recrutement et de rémunération indiciaire des enseignants des écoles, collèges et lycées. Cette période s’achèvera par la scission de la FEN (le SNI-PEGC devient syndicat des enseignants de la FEN au congrès d’Orléans de 1992). C’est comme secrétaire général du SE qu’il est en première ligne, avec Émile Gracia, dans le combat contre loi Bourg-Broc annulée ensuite par le Conseil constitutionnel et qui fut à l’origine de la gigantesque manifestation laïque du 16 janvier 1994. C’est également sous son mandat que la FEN participe à la création de l’UNSA en 1993 avec l’appui déterminé du secrétariat national du Syndicat. En 1994, Jean-Claude Barbarant estime nécessaire, de sa propre initiative, de passer la main au secrétariat général. Il souhaite que s’amorce un renouvellement permettant au SE-FEN de regarder vers l’avenir davantage que vers le passé. Hervé Baro, qui lui a succédé au secteur collèges du Syndicat et qui est alors, responsable du secteur revendicatif, le remplace alors comme premier animateur du syndicat. Dans l’Enseignant5 n°25 publié fin juin 1994 qui rend compte du Bureau national 22 juin 1994, Jean-Claude Barbarant écrit : « C’était prévu et annoncé depuis plusieurs mois. C’est fait ; aujourd’hui le flambeau est passé de mes mains à celles d’Hervé Baro. En toute simplicité, tranquillité, continuité. « Un responsable nouveau pour un syndicat neuf dans son extension inter-catégorielle. Un militant confirmé pour une organisation qui s’enracine profond[ément] dans son identité humaniste et ses pratiques responsables.

« Quant à moi, je passe à la FEN sur le secteur éducation, recherche, culture. Même simplicité d’accueil et continuité d’objectifs. Si les attributions sont différentes, d’une rive à l’autre du même fleuve, le militant glisse sans heurt. »

De 1994 à 2000, il siège au secrétariat national d’une FEN qu’il connaît bien pour avoir siégé à son exécutif fédéral national (EFN) depuis 1984. D’abord responsable du secteur Éducation de la FEN auprès de Guy Le Néouannic, il assume à partir de 1997, à la demande de Jean-Paul Roux, la responsabilité du secteur « laïcité, libertés, société, communication ». Responsable éducatif de la fédération, il assume la coordination du Livre bleu de la FEN sur les défis éducatifs dans la société contemporaine.

Il quitte, en prenant sa retraite administrative, ses responsabilités fédérales au congrès de Pau, marqué par le changement d’appellation de la FEN en UNSA Éducation et, dans la foulée de son engagement interprofessionnel continue à présider le groupe de l’UNSA au Conseil économique et social où il est entré en 1994 et qu’il quittera en 2004. Il y aura siégé à la section des affaires sociales, à la commission spéciale du Plan, à la délégation pour l’Europe et aura été membre du bureau du CES. Ayant suivi le dossier des retraites de près au Conseil économique et social (rapport du CES sur l’Avenir des systèmes de retraites dit « rapport Teulade »). il siège également de 2000 à 2004 au Conseil d’orientation des retraites pour l’UNSA. Il met alors ses compétences éditoriales au service de l’UNSA comme rédacteur en chef d’UNSA Magazine jusqu’à l’accident vasculaire cérébral qui l’aura éloigné de toute activité syndicale et qui finalement, l’aura enlevé à sa famille et à ses amis.

Militant aux convictions fortes et à l’expression volontairement rugueuse et volontiers décapante, laïque indéfectible, défenseur d’une École laïque et démocratique dans la lignée des Compagnons de l’Université nouvelle, Jean-Claude a assumé des choix difficiles. Lui qui n’avait pas hésité à se définir dans la presse comme un homme d’appareil était conscient du fait que les appareils syndicaux n’étaient nécessaires et n’avaient de raison d’être que pour mener dans la durée un combat émancipateur. Capable de s’affirmer au CES — déjà — sur les questions de retraites, de conduire une négociation corporative, il était avant tout un passionné de l’action éducative, à quoi l’avait conduit naturellement, comme enseignant ou homme de culture, sa passion absolue du théâtre.

Jean-Claude Barbarant a écrit « Les enfants de Condorcet » (Robert Laffont, 1989). Il a également coordonné « Éduquer pour vivre ensemble — le livre bleu », édité par la FEN-UNSA en 1995 et présentant les propositions de la FEN avant l’élection présidentielle de 19956. Au CES, il est l’auteur d’un rapport « Enseignement à distance : réalités, enjeux et perspectives », adopté le 29/10/1997. Il a également écrit la postface de Que vive l’orthographe ! de Jacques Leconte et Philippe Cibois (Seuil, 1989, avant-propos de Michel Masson), ayant fait partager au SNI-PEGC son engagement en faveur d’une réforme maîtrisée de l’orthographe puis des rectifications préconisées par le Conseil supérieur de la langue française.

Dans le cadre de ses activités militantes, Jean-Claude Barbarant avait également assuré des responsabilités associatives, notamment comme vice-président de la Jeunesse au plein air (JPA) et de la Fédération générale des pupilles de l’École publique (FG-PEP). Il avait également siégé au conseil d’administration du CCOMCEN (Comité de coordination des œuvres mutualistes, coopératives et associatives de l’Éducation nationale). Administrateur du Centre Henri-Aigueperse UNSA Éducation (CHA, anciennement Centre fédéral de la FEN) jusqu’en 2009, il avait siégé à son bureau de 1997 à 2000 comme responsable des publications, avec le même intérêt pour les recherches éducatives que pour cette histoire syndicale à laquelle le raccrochaient si fortement ses racines militantes. C’est justement en 1989, lors des obsèques d’Henri Aigueperse, emblématique secrétaire général du SNI de la Libération à 1952, que Jean-Claude Barbarant le citait ainsi : « Quelques années plus tôt, concluant ton livre Cent ans de syndicalisme, tu écrivais, sobre comme d’habitude : L’enjeu n’est pas seulement de procurer à chaque travailleur les moyens d’une vie décente et d’alléger sa peine, il est de faire de lui un homme libre, responsable de ses pensées et de ses actes, et à qui seront asservies toutes les forces créées par son intelligence.

« Cette conception humaniste et exigeante du syndicat, aux antipodes du corporatisme, Georges Lapierre7, Henri Aigueperse, vous nous l’avez léguée. Nous n’en sommes que les dépositaires : nous n’en serons les héritiers légitimes que dans la mesure où nous serons capables, dans nos actions, de lui-être fidèles. »

Assurément, cette conception était celle de Jean-Claude Barbarant, par delà les tempêtes qu’il lui aura fallu affronter tout au long de l’exercice de ses responsabilités syndicales.

Luc Bentz, Guy Putfin

Centre Henri-Aigueperse (UNSA Éducation)

Article de Michel Noblecourt, paru dans Le Monde daté des 28 février-1er mars 2010

Jean-Claude Barbarant

Ancien secrétaire général du Syndicat national des instituteurs et professeurs de collège (SNI-PEGC), ancien secrétaire général du Syndicat des enseignants (actuel SE-UNSA), Jean-Claude Barbarant est mort, le 14 février, à La Verrière (Yvelines), à l’âge de 69 ans. Né le 15 septembre 1940, à Ramerupt (Aube), Jean-Claude Barbarant commence ses études secondaires en Allemagne, où son père, gendarme, a été muté. Élève à l’École normale d’instituteurs de Troyes, puis à celle de Dijon, il est nommé, à l’issue de sa formation, en 1962, maître de collège d’enseignement général à Bar-sur-Aube. En 1969, il devient professeur de collège à Nogent-sur-Seine. Dès 1960, il adhère au SNI et devient, en 1971, permanent syndical puis secrétaire départemental du SNI et de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) de l’Aube.

Homme d’appareil, comme il se définit lui-même, militant exigeant d’une " école démocratique et laïque ", Jean-Claude Barbarant devient, en 1978, secrétaire national du SNI-PEGC, le principal syndicat de la FEN. Sympathisant à ses débuts d’École émancipée, il rejoint Unité indépendance et démocratie, la tendance majoritaire de la FEN, proche du Parti socialiste dont il est membre. Le 16 septembre 1983, il est le premier professeur de collège à être élu secrétaire général du SNI-PEGC.

Défenseur de la laïcité

Réformiste au verbe volontiers rugueux, Jean-Claude Barbarant ne rechigne pas à guerroyer, y compris contre la gauche. Hostile au " dualisme scolaire ", il invite, en novembre 1983, le président de la République à tenir " les engagements du candidat Mitterrand " sur le grand service public unifié de l’éducation. Quand la gauche y renonce, en 1984, il rend sa carte du PS. Il ne la reprendra jamais.

Volontiers iconoclaste, Jean-Claude Barbarant a le sens de la formule, surtout aux dépens des ministres de l’éducation nationale. En 1985, il s’en prend au " langage volontairement ringard " de Jean-Pierre Chevènement. En 1986, il dénonce " l’autoritarisme bonasse " de René Monory. Intransigeant défenseur de la laïcité, il proclame, en novembre 1985, en tant que président du Comité national d’action laïque (CNAL) : " Nous ne renoncerons jamais à l’objectif de nationalisation laïque qui est le nôtre. "

Parfois outrancier, il s’enflamme, en juin 1987, contre la droite : " Jamais, depuis les temps noirs de Vichy, nous n’avons été confrontés à une politique aussi réactionnaire et à une volonté de nous détruire aussi affirmée. "

Dans un essai, Les Enfants de Condorcet (Robert Laffont, 1989), il défend avec passion l’égalité de formation et de rémunération pour tous les enseignants, de la maternelle au lycée. Il revendique la création d’un "corps unique" d’enseignants. En 1989, en plein débat sur la revalorisation des salaires, il lance à son ministre, Lionel Jospin : " On ne bâtit pas l’école de l’égalité sur l’inégalité de ses maîtres. "

Au sein de la FEN, dont la crise s’accélère, Jean-Claude Barbarant se montre ouvert à une recomposition syndicale. Il guerroie contre le SNES qu’il interpelle ainsi, en juin 1991 : " Que voulons-nous en commun qui justifie qu’on reste ensemble dans la FEN ? " Après la scission de la FEN, qu’il entérine , il est élu, le 25 juin 1992, à la tête du Syndicat des enseignants SE-FEN, qui regroupe les instituteurs, les enseignants des collèges, des lycées, du technique et de l’éducation physique. Il exercera ce mandat jusqu’en avril 1994. Secrétaire national de la FEN, de 1994 à 2000, chargé de la laïcité à partir de 1997, Jean-Claude Barbarant participe à la création, en 1993, de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA). Il préside le groupe de l’UNSA au Conseil économique et social où il siège, de 1994 à 2004. Il participe aussi aux travaux, de 2000 à 2004, du conseil d’orientation des retraites.

Michel Noblecourt

15 septembre 1940, Naissance à Ramerupt (Aube)

1983, Secrétaire général du SNI-PEGC

1992, Élu à la tête du SE-FEN

14 février 2010, Mort à La Verrière, (Yvelines)

© Le Monde


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