"L’Eglise et l’école" de Marceau Pivert, présenté par Eddy Khaldi

mercredi 19 mai 2010
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La laïcité séduit au XIXe siècle une bourgeoisie soucieuse de progrès et d’efficacité. Les socialistes en font également leur cheval de bataille. La séparation de l’Église et de l’École puis de l’Église et de l’État en 1905 en est le symbole, mais ce fragile compromis est bientôt remis en cause. Face à une contestation grandissante, la bourgeoisie et l’Église s’allient pour maintenir l’ordre social, politique et moral. Depuis les années 1920, leur offensive conjointe reprend une à une les conquêtes laïques.

Marceau PivertLa laïcité de Jules Ferry était une laïcité bourgeoise qui s’émancipait de l’Église, mais pas du capitalisme ni de l’État. Pivert lui oppose une authentique laïcité d’émancipation. Un texte d’actualité à l’heure du double remariage de l’Église, de l’État et de l’École.   Marceau Pivert (1895-1958) est instituteur, libre-penseur et militant au Syndicat National des Instituteurs (SNI). Il dirige à partir de 1927 le courant marxiste du socialisme français au sein de la SFIO puis fonde le Parti socialiste ouvrier et paysan

Jacques Girault a rendu compte de ce livre dans le journal L’Humanité du 16 octobre 2010 :

L’Humanité des débats

Marceau Pivert, protagoniste jaurésien d’une école laïque au service de l’émancipation sociale

L’Église et l’École, de Marceau Pivert, présentation d’Eddy Khaldi, préface de Léon Blum. Éditions Démopolis, 2010, 198 pages, 20 euros.

Marceau Pivert, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, professeur, rétrogradé comme instituteur, redevenu professeur dans une école primaire supérieure, membre du bureau national du Syndicat national des instituteurs, militant de la fédération socialiste SFIO de Paris, animateur du courant de la gauche du Parti se réclamant du marxisme, franc-maçon, publie en 1932 un ouvrage intitulé l’Église et l’École. Perspectives prolétariennes, aux éditions Eugène Figuière. La préface de Léon Blum donne au propos un caractère officiel. Cette réédition ne reprend qu’une partie du titre, amputant ainsi le sens de la démonstration. Il s’agissait d’inscrire la lutte pour l’école laïque dans un combat de la classe ouvrière, dans une perspective prolongeant la voie proposée par Jaurès pour qui le combat pour la laïcité, c’est-à-dire contre l’influence de l’Église dans tous les rouages de la société et de la pensée, signifiait condition du combat pour la démocratie sociale. Marceau Pivert entendait donner un contenu de classe à la lutte laïque et un sens émancipateur à la laïcité. Marceau Pivert examine dans un premier temps les grandes étapes historiques de la permanence de l’idéologie catholique dans les processus d’éducation. Il ne s’arrête pas sur la séparation de l’Église et de l’État, sans doute pour ne pas évoquer les divergences internes au camp socialiste et républicain. À ceux qui voulaient éliminer la présence de l’Église s’opposaient alors ceux qui voulaient procéder par étapes, en lui enlevant, dans un premier temps, une partie de son poids dans l’État. Dans les analyses des systèmes idéologiques et politiques, il ne revient pas sur cette question, pourfendant seulement la «  laïcité bourgeoise  » de Jules Ferry, qui préconisait la neutralité. Pour lui, la laïcité est «  une règle fondamentale de la pensée  » dans le droit fil des luttes contre l’influence de l’Église depuis les Lumières du XVIIIe siècle. Il faut proposer à la jeunesse un enseignement antidogmatique, inspiré par la vérité scientifique, invitant à la critique, en un mot respectueux du développement de la personnalité, le tout au service de l’émancipation sociale, condition de la liberté. Un tel programme de propagande, en accord avec les résolutions des instances socialistes, selon Blum, pourrait servir les luttes contre les orientations, inaugurées en 1959, en matière de politique d’éducation, selon Eddy Khaldi. Les apports des expériences passées pourraient donner des pistes ou des solutions pour pallier des carences nées d’une adaptation des idées au nom du réalisme, voire d’une approche pragmatique sans orientation définie. Pari audacieux, autocritique rétrospective, réaction nostalgique  ? Quoi qu’il en soit, de tels textes oubliés méritent d’être connus et relus à condition de les contextualiser.

professeur émérite d’histoire

Jacques Girault,


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