Le musée de l’Histoire de France existe déjà

dimanche 21 novembre 2010
par Guy Putfin
popularité : 52%

Article de Guy Putfin paru dans Libération du 18 novembre 2010

PDF - 403 ko
Article de Guy Putfin

Le Président Sarkozy a annoncé, le 18 janvier 2009, à Nîmes, qu’il allait créer un musée de l’Histoire de France. Sans doute ignorait-il qu’il y en avait déjà un, aux Archives nationales !

Le Centenaire du musée de l’Histoire de France a été célébré en 1967 aux Archives nationales. Le “Musée des Archives” avait été inauguré le 19 juillet 1867 à l’hôtel Soubise. Évacué pendant la guerre de 1914, il fut rouvert en 1919. En 1938-39, une section contemporaine fut ajoutée et le musée prend alors le nom de “Musée de l’Histoire de France”.

Entre 1952 et 1958, il présente des salles permanentes par époque, complétées par des expositions temporaires, souvent en relation avec le sujet du concours des jeunes historiens. L’hôtel de Rohan accueille les grandes expositions historiques.

Le vieillissement de la présentation et la fragilité des documents conduisent à démonter les salles permanentes. En 1980, le musée présente un parcours historique en 71 documents, de Dagobert à Jean Moulin. En 1988, la construction du CARAN [nouveau centre des archives, ndlr] et l’ouverture des nouvelles salles du public libèrent l’ensemble de l’hôtel Soubise pour le musée de l’Histoire de France. Depuis 1995, le musée n’offre plus de présentation permanente, mais seulement des expositions temporaires.

D’où vient l’idée d’une Maison de l’Histoire de France ?

Peu avant l’élection présidentielle de 2007, Hervé Lemoine, conservateur au ministère de la Défense, écrit à Claude Guéant, directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, pour lui proposer la création d’une Maison de l’Histoire de France aux Invalides. Une fois élu, Nicolas Sarkozy demande à la ministre de la Culture, d’en évaluer la faisabilité. Hervé Lemoine est chargé de la mission d’étude. Son rapport, remis en avril 2008, propose “un grand projet : la création d’une « Maison de l’Histoire de France » aux Invalides”. Les Invalides dépendent du Ministère de la Défense, et il s’en voit certainement le futur directeur ! Mais les militaires ne souhaitent pas perdre la main sur les Invalides. Frédéric Mitterrand reprend le projet présidentiel et confie une mission de préfiguration à Jean-François Hébert qui vient d’être nommé à la direction de Fontainebleau. En janvier 2010, après la démission de Martine De Boisdeffre, directrice des Archives, Hervé Lemoine, devenu, entre temps, directeur du Musée des Monuments Français, est nommé directeur du service interministériel des Archives. Le 12 septembre 2010, à Lascaut, le président Sarkozy annonce que les Archives nationales accueilleront la Maison de l’Histoire de France. Hervé Lemoine récupère donc son projet, aux Archives nationales.

Alors, que faire ?

Depuis 2000, un projet de refondation du musée de l’Histoire de France des Archives est à l’étude. Le projet prévoit une extension des locaux consacrés à la muséographie et à l’action culturelle, passant de 1.800 m2 à environ 4.400 m2. Pourquoi ne pas mener à bien ce projet, plutôt que de créer une “Maison” dispendieuse, aux objectifs confus, alors que la recherche sur l’histoire de France se fait très bien dans les universités ?

L’organisation de quatre parcours de visites aux Archives nationales : les bâtiments, le parcours historique (autrement dit, le musée), les expositions temporaires, la visite des grands dépôts, prévus dans le projet de rénovation ne posent pas de problèmes particuliers. Cela répond à l’objectif d’ouvrir au public les hôtels de Rohan et Soubise et leurs jardins.

Quant à l’organisation concrète en sections - temps et territoires, mémoires, fabrique de l’Histoire - dont la présentation serait régulièrement renouvelée, elle répond à l’objectif de présenter de façon permanente un parcours historique, et des expositions thématiques.

Il est inutile de créer aux Archives nationales une Maison de l’Histoire de France. En revanche, il est nécessaire de rénover le musée de l’Histoire de France, de lui donner de l’espace et des moyens, de lui fixer un cahier des charges et un calendrier de réalisations. Cela renforcerait la fonction culturelle et éducative des Archives en s’inscrivant dans le projet de modernisation des Archives nationales à Paris et d’utilisation des espaces libérés par l’ouverture de la Cité des archives à Pierrefitte.

Guy PUTFIN

Ancien secrétaire général du syndicat national des Affaires culturelles

(Fédération de l’Éducation nationale devenue Unsa-Éducation)


Commentaires