Présentation du colloque

mardi 29 décembre 2009
par Weber Louis
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Il existe aujourd’hui d’assez nombreux travaux sur le syndicalisme en général et celui de l’éducation en particulier. Parallèlement, le Maitron et d’autres publications à visée plus modeste (monographies, récits de vie, etc.) ont fait connaître le parcours individuel de très nombreux militants.

Plus rares ont été les écrits sur le militantisme lui-même et sur les évolutions qu’il a connues. Ce sera l’objet du Colloque du 12 mars 2009, qui s’inscrit dans la suite d’une table ronde sur le même sujet qui a eu lieu le 21 novembre 2008. Le colloque associera contributions d’historiens et de sociologues.

Qu’est-ce qui relie le secrétaire d’une section syndicale d’un lycée ou d’un collège il y a quarante ou cinquante ans et celui d’aujourd’hui ? À l’époque, il était celui (très rarement encore celle) qui était capable de renseigner rapidement sur les droits individuels des collègues de l’établissement, de relayer les informations venues d’« en haut », d’organiser localement les actions décidées par les responsables nationaux ou départementaux. C’est lui qui téléphonait « à Paris » (ou plutôt écrivait) en cas de carence ou de doute pour répondre à une question posée. En ce début de siècle, tout ou presque de ce qui relève de l’information professionnelle est disponible « en ligne », sur le site des syndicats mais aussi sur d’autres, dont celui des institutions. Ce qui prive le responsable syndical local de l’exclusivité d’un savoir spécialisé qui le rendait naguère incontournable.

Beaucoup de militants avaient parallèlement un engagement politique, généralement à gauche. Ce sont d’ailleurs les partis politiques qui assuraient le plus souvent leur formation politique. Cette situation était source de questionnements relatifs à l’indépendance syndicale. Aujourd’hui, pour diverses raisons, la question du rapport au politique ne se pose plus guère, ou alors dans des termes très différents.

En même temps, l’action syndicale est plus souvent qu’auparavant une action de proximité, sur des sujets plus variés que naguère, avec des partenaires plus nombreux et souvent extérieurs au milieu enseignant stricto sensu. Ce qui entraîne de nouvelles responsabilités et, surtout, de nouvelles compétences. Il faut en effet discuter et trouver des terrains d’entente et des compromis avec des acteurs - les coordinations et autres collectifs par exemple - maintenant habituels dans les actions revendicatives, quand ils n’en sont pas les initiateurs.

Ce n’est pas le seul domaine où le militant a vu son rôle évoluer. Le syndicat, et plus généralement les enseignants, ont perdu une grande partie de l’hégémonie qu’ils exerçaient sur les questions d’éducation.

Certes, ils n’ont jamais été les seuls interlocuteurs des pouvoirs publics. Les associations de parents d’élèves, par exemple, existent depuis longtemps. Mais, sans compter le fait que la principale d’entre elles, la FCPE, a longtemps été très peu autonome par rapport au syndicalisme enseignant dominant, leur action était beaucoup plus limitée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les dispositions institutionnelles - les conseils où les parents sont représentés ont été créés en 1968 seulement ou même après - ne la favorisaient guère. Le responsable syndical d’aujourd’hui doit donc « composer » plus souvent que son aîné avec des partenaires - parents mais aussi élèves et étudiants - ayant leur propre vue sur l’école. En un sens, c’est d’ailleurs la rançon de la réussite même de l’éducation. L’élévation continue du niveau de formation est en effet source d’aspirations nouvelles à une plus grande autonomie des individus et, par conséquent, à un autre rapport aux institutions en général et à l’École en particulier. Et ceci pour le meilleur, être entendu et pouvoir intervenir lorsqu’on est directement concerné, et pour le pire, faire de l’éducation un objet de consommation. S’ajoute à cela le fait que l’ouverture de l’École à la vie s’est réalisée, mais le plus souvent loin de ce que souhaitaient les partisans de la rénovation pédagogique il y a trente ans. L’éducation est devenue une marchandise, comme on le dit parfois. La concurrence, entre les individus et entre les établissements, tend à devenir une réalité et même une valeur, très éloignée de la concurrence traditionnelle avec l’enseignement privé.

Tout cela tend à élargir le spectre ancien des « préoccupations syndicales » et renouvelle par conséquent « les tâches ordinaires » des militants.

Il y a donc là amplement matière à interroger le regard porté sur les militants syndicaux et associatifs, objet premier des réflexions de l’Himase.


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